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jeudi 25 octobre 2018

18 ANS, L’ÂGE DE LA MAJORITE, ÇA SE FÊTE !

En lisant le titre, vous devez vous demander, de qui parlent-t-il ? Nous allons vous parler des 18 ans de notre accord RTT, qui a été signé le 25 octobre 2000 par les organisations syndicales CGT / CFDT / FO & CGC et la direction, après 10 mois de discussions, de négociations et d’arrêts de travail.  Pour ceux qui n’ont pas connus ce pan de l’histoire sociale de TURBOMECA, cet accord RTT n’est pas un cadeau offert par les dirigeants de notre société de l’époque.  Ce sont 10 mois de mobilisation des salariés qui ont abouti à la naissance d’un Accord sur le temps de travail qui aura su nous faire affronter collectivement les aléas de production, les nécessités d’adaptation, typique du marché de l’hélicoptère.

Il faut rappeler à chacun que le gouvernement de l’époque avait légiféré afin que l’ensemble des salarié(e)s de ce pays passe, entre le 1er janvier et le 31 décembre 2000, à une base horaire hebdomadaire de 35 heures. Libre à chaque entreprise de mettre en place cette base horaire.

C’est ainsi que la direction de TURBOMECA (Groupe LABINAL) convoque les organisations syndicales à une première réunion de négociation le 3 décembre 1999, qui sera suivi de 3 autres réunions les 10, 16 et 22 Décembre. La direction veut, avant d’ouvrir des négociations sur les 35h, un accord transitoire sur le réaménagement des 37h, en vigueur à  l’époque dans notre société.

Lors de  la 2ème réunion du 10 décembre, la direction dévoile ses points : suppression des bons de 4h RTT et réductions journalières pour l’ensemble du personnel. Devant la provocation inacceptable de la Direction, l’intersyndicale décide, le 14 décembre, d’un arrêt de travail de 1H sur tous les sites pour le 16 décembre, lors de la 3ème réunion.  Lors de cette dernière, la direction, (alors que plus de 2 000 salarié(e)s sont en arrêt de travail), revient sur ses points et propose : pour les salarié(e)s à la journée, un départ anticipé à 15h45 et conservation de 2 heures de récupération par semaine, ainsi qu’un alignement des postés de Tarnos sur ceux de Bordes et Mézières.

Suite à ces propositions, la CGT seule lance une consultation des salarié(e)s pour recueillir leurs sentiments. C’est donc avec le résultat de cette consultation que la délégation repart le 22 décembre en réunion, où la direction prend en compte le résultat et fait une proposition de projet d’accord d’une période transitoire, qui prendrait effet au 1er février 2000, pour une période de 6 mois, éventuellement  renouvelable, afin de laisser le temps  au corps social de négocier l’accord 35h.

Cet accord transitoire est signé le 5 janvier 2000 par les organisations syndicales CGT et CGC.

 Le 19 janvier 2000, la Direction reçoit les organisations syndicales afin d’établir un calendrier de discussions sur la réduction du temps de travail, la première réunion étant fixée au 3 février 2000. La Direction débute donc les négociations en vue d’un accord RTT et, déjà, premier point de désaccord : elle veut lier l’accord RTT et l’accord salarial.

Les discussions reprennent donc le 9 février 2000. Les OS se déclarent favorables à une réduction de 10% du temps  de  travail, avec des journées de 8h et une RTT cumulée sous forme d’un compteur crédit/débit. La direction avance ses propositions : travail le Samedi/Dimanche, travail en 3X7, voire en 3X8, ouvrir l’amplitude hebdomadaire à 6 jours et se déclare ne vouloir rien exclure (oui, nous sommes là en 2000,et non pas en 2018 en négociation Compétences et performances !).

En pleine négociation RTT, le 17 février,  se tient une réunion pour traiter des augmentations de salaires 1999 et 2000. De nombreux salariés de Bordes et Tarnos répondent massivement à un appel de la CGT pour arrêter le travail pendant 30 minutes. Proposition direction : pour 1999 AG 0,2% de rattrapage et pour 2000 0% d’AG et 0,8% d’AIS.

Le 1er mars, les organisations syndicales CGT, CFDT et FO appellent les salarié(e)s à un arrêt de travail de 1 heure. Alors que le 2 mars 2000 reprennent les discussions avec la Direction sur la RTT et les salaires, les organisations syndicales décident de se revoir devant les propositions inacceptables de la direction et afin d’analyser le mouvement de la veille. Un seul mot d’ordre ressort de cette réunion « La confiance dans l’action collective émerge et grandit ».

Après un nouvel arrêt de travail le 14 mars 2000, à l’appel de la CGT, CFDT et FO, les organisations syndicales se rendent à la réunion du 16 mars 2000 avec des revendications communes établies en intersyndicale la veille. Une fois de plus, la direction ne répond pas aux revendications et continue dans la Provocation.

Après une rencontre stérile entre le PDG de l’époque, M. COCHETEUX, et les organisations syndicales, le 24 mars 2000, ces dernières décident d’un nouvel arrêt de travail de 1h le 30 mars 2000. Lors de cet arrêt de travail, les salarié(e)s en grève consultés décident d’entamer une grève reconductible.

C’est donc dès le 5 avril qu’à l’appel de la CGT, la CFDT et FO, plus de 1800 salarié(e)s se mettent en grève sur les 3 sites, à raison de 1h/jour, avec comme mot d’ordre salaires, RTT et emploi.

La Direction, jouant sur le pourrissement du conflit, se décide enfin à convoquer les organisations syndicales, le 27 avril 2000. Lors de cette réunion, la Direction réaffirme sa volonté de ne rien lâcher, mais annonce quand même sa décision d’accélérer le rythme des réunions, soit une réunion par semaine.

Alors que la moitié des salarié(e)s de TURBOMECA est en grève depuis 5 semaines, la réunion de négociation du 5 mai 2000 est parasitée par l’annonce de la possibilité de rachat par la SNECMA. Tandis que la direction, dans une cacophonie totale, demande la suspension des négociations, les organisations syndicales et les salarié(e)s en grève gardent le cap.

Finalement, les OS seront reçues le 17 mai 2000 par M. COCHETEUX, qui affirme être le maitre à bord, que le rachat par la SNECMA ne change rien pour le groupe LABINAL et qu’il est prêt à continuer les négociations sur les mêmes bases.

Le  26 mai 2000, les négociations reprennent alors que  plus de 70% du personnel sur TARNOS et de 50% sur BORDES sont en grève depuis le 5 avril.

Durant le mois de juin, alors que les salarié(e)s en grève de TARNOS ont décidé de passer à 2h de grève par jour, le mouvement ne faiblit pas et un véritable bras de fer est engagé entre la direction et les organisations syndicales qui restent unies.

Le 22 juin 2000, plus de 400 salarié(e)s de TARNOS en grève montent à BORDES en bus, à moto ou à vélo pour rejoindre les salariés de BORDES en grève, afin de faire entendre à la direction son mécontentement.

Finalement, la direction décide de convoquer les organisations syndicales le vendredi 30 Juin à une réunion non-stop, avec l’intention d’aboutir à un accord. C’est au cours de ce weekend que les délégations discuteront toute la journée du 30 Juin, ainsi que la journée du samedi 1er juillet, pour finir le dimanche 2 juillet à 2 heures du matin, dans une usine vide, pour signer un relevé de conclusions qui est le reflet des négociations et qui sera proposé au personnel en grève pour savoir si, sur ces bases, il veut arrêter le conflit.

C’est donc le jeudi 6 juillet 2000 que les salarié(e)s en grève des 3 sites se prononcent, à bulletin secret, sur les propositions de la direction. La réponse est cinglante car, sur 1787 votants, 1253 se déclarent « pas satisfaits » (70,12%) et 521 se déclarent « satisfaits » (29,16%). Le lendemain, lors d’une nouvelle réunion entre la direction et  les OS pour analyser les résultats de la consultation, un membre de la direction perd son sang-froid et agresse verbalement certains membres de notre délégation.

Alors que les salarié(e)s en grève poursuivent leur mouvement, la direction se décide à recevoir, le mardi 11 juillet, les 3 organisations syndicales soutenant le mouvement, afin de voir quel seraient le niveau et les thèmes revendicatifs susceptibles de mettre fin au conflit, via une nouvelle consultation des grévistes.

Cette dernière est organisée le 12 juillet et les thèmes retenus sont remontés à la direction qui décide de répondre favorablement à deux d’entre eux : Prime de 4 500 Frs brut versée sur la paye de juillet et levés des 19 avertissements notifiés à des salariés de TARNOS.

Les grévistes se prononcent le 18 juillet pour la fin du conflit, qui, pour mémoire, a débuté le 5 avril. Le 19 juillet, les OS sont reçues par la direction, annoncent la fin du conflit et signent conjointement un accord de fin de conflit. Cet accord prévoit l’ouverture de chantier en vue de la signature d’un accord RTT applicable au 1 octobre 2000 sur les thèmes : seuils d’embauche, statut équipe, application de la RTT, RTT cadres et préretraite progressive.

C’est ainsi que se dérouleront des réunions entre 30 août et le 25 octobre, qui verra la signature de notre accord RTT par l’ensemble des organisations syndicales, dans un respect démocratique. Pour finir, nous citerons Pascal PAOLI, le père de la patrie Corse :

« Tu ne gagneras pas forcément tout ce pour quoi tu te bats, mais tu perdras obligatoirement ce  pour quoi tu ne te bats pas !».
TARNOS le 25 Octobre 2018
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