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samedi 20 octobre 2012

"Le pays tout entier paye le prix de ce renoncement et de cette soumission, dans l’électroménager comme dans toutes les filières industrielles"

Ancien Moulinex, militant de terrain dans le secteur privé, mais aussi dans la ligne politique de Bernard Thibault à qui il succédera en mars 2013, Thierry Lepaon a été choisi à une large majorité par la commission exécutive avec 42 voix sa faveur, sept absentions, aucune contre. (source).


L'occasion de revenir sur un article de Thierry Lepaon publié dans l'Humanité.fr le 12 septembre 2011, toujours d'actualité ...

Le crash de Moulinex
Par Thierry Lepaon, ancien salarié de Moulinex.

Onze septembre 2001. Des avions détruisent 
les Twin Towers à Manhattan. Au même moment, à Paris, dans une tour de la Défense, le PDG de Moulinex, Patrick Puy, annonce le dépôt de bilan du groupe. 5 300 salariés, plusieurs milliers d’autres dans les entreprises sous-traitantes et une région tout entière sont meurtris, révoltés. Que sont-ils devenus ?
C’est 
à cette question que je dois, dix ans après, encore tenter de répondre. C’est la triste règle des trois tiers. 
Le premier tiers s’en est sorti ; le second est à la retraite dans le cadre des mesures amiante ou en précarité d’emploi ; l’autre tiers n’a jamais trouvé de solution 
et vit actuellement avec les minima sociaux.
Toutes les procédures prud’homales ont été payantes pour les salariés. Cela ne remplace pas le travail et le salaire mais ça aide, malgré tout ! Le procès pénal est en cours et les banques, les actionnaires, les directions devront bien, un jour, répondre de leurs actes. Alors, seulement, justice sera rendue aux salariés. Ce procès, depuis le 11 septembre 2001, je l’attends, comme des milliers d’autres salariés.
Je n’oublie pas l’attitude du gouvernement socialiste de l’époque et de son ministre de l’industrie, Christian Pierret, qui, de fait, à la fois prolongeait et devançait la stratégie de la droite, celle du renoncement à une véritable politique industrielle dans notre pays. Les crises politiques que nous subissons depuis cette époque sont de même nature : accompagner 
les décisions des actionnaires, se contenter de promettre ce qui ne pourra pas être tenu, dans notre cas la signature d’un nouveau contrat de travail.
À l’aube de la campagne électorale qui vient et pour construire le rapport des forces dont nous avons besoin, c’est avec cette logique qu’il faut rompre. Cela demande du courage, du courage politique.
– Oui, il est nécessaire de ne pas laisser les groupes industriels déménager des territoires après avoir profité des opportunités qu’ils offrent et de lier l’ensemble des aides et exonérations aux politiques de l’emploi et des rémunérations, d’élévation du niveau des qualifications, des conditions d’emploi et de travail.
– Oui, il est nécessaire de considérer l’emploi industriel non seulement comme l’atout de notre pays mais aussi comme la condition du progrès social et du développement.
– Oui, il est nécessaire que les banques et les actionnaires soient responsables de leurs actes, qu’ils rendent des comptes.
– Oui, il est nécessaire que les salariés aient des droits leur permettant de ne plus être considérés comme des pions, des marchandises ou des produits jetables comme l’ont vécu les Moulinex.
Ils nous ont privés de notre travail, permettant ainsi 
au groupe SEB de bénéficier à vil prix des moyens 
du groupe Moulinex et de l’ensemble de ses marques 
en ne reprenant que quelques salariés et poursuivant ainsi des stratégies de délocalisations.
Les crises que nous traversons trouvent leur source dans ces choix politiques, dans le manque d’ambition politique. Le pays tout entier paye le prix de ce renoncement et de cette soumission, dans l’électroménager comme dans toutes les filières industrielles. Il y a urgence à changer de politique industrielle sur notre continent. Partout les mêmes causes produisent les mêmes effets. Ce n’est pas d’experts-comptables, d’experts autoproclamés et d’économistes patentés dont notre pays a besoin, dans la séquence électorale qui s’ouvre, mais d’ambition politique, d’innovation industrielle, de payer et de reconnaître le travail.
« Le pays tout entier paye le prix de ce renoncement et de cette soumission. »
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