samedi 6 octobre 2012

Fusion EADS – BAE

Déclaration de la Fédération des Travailleurs de la Métallurgie CGT

Des enjeux lourds de conséquences pour la souveraineté nationale et de l’Europe

La filière aéronautique et spatiale, avec sa composante de défense, constitue un atout essentiel aux pays européens en garantissant une certaine autonomie vis-à-vis des autres puissances mondiales. Une fusion d’EADS avec BAE, dont la place stratégique est directement liée aux Etats-Unis, et composée d’un actionnariat dominé par des fonds d’investissements, modifierait en profondeur l’indépendance de l’Europe.

La fusion BAE – EADS menace fermement les équilibres actuels bien au-delà du périmètre respectif des deux groupes.

C’est par la presse que le projet a été révélé. De leur côté, directions et actionnaires multiplient les communiqués. Mais au global, c’est l’opacité absolue. EADS refuse notre demande de la tenue d’un comité d’entreprise européen, au prétexte que le dossier n’est pas suffisamment avancé et réclame confidentialité… Il est inacceptable que, s’agissant d’un pan industriel structurant et stratégique en Europe, les salariés et plus généralement les citoyens soient tenus à l’écart de tels enjeux.
Les Etats actionnaires sont redevables et porteraient une lourde responsabilité en laissant la situation dans ce statu quo. Ils se doivent de donner les informations pour alimenter un réel débat.
En France, le nouveau gouvernement veut faire de la concertation son crédo. Il place le redressement industriel comme une de ses priorités. Il ne peut donc rester dans son mutisme assourdissant.
La CGT réclame démocratie et transparence. Les enjeux sont considérables et concernent plusieurs filières industrielles européennes de défense (aéronautique, navale, véhicule terrestre). Ce montage s’inscrit-il dans un processus à plusieurs phases avec des restructurations autour des secteurs de défense navale et terrestre ? Au sein d’EADS, La société CASSIDIAN serait fortement touchée. Mais bien au-delà des deux groupes en question, Dassault, Thales et Safran ainsi qu’un ensemble de sous-traitants seraient durement impactés par ce type de regroupement.
Les justifications avancées par les deux groupes sont plutôt embarrassées : «[...] Mais le temps est venu où il faut savoir saisir des opportunités afin de bâtir quelque chose de plus grand et de plus fort. [...] La raison qui sous-tend cette opération est la croissance et non les restrictions [...]» écrivent-ils. Rien sur le projet ni sur la stratégie industrielle.
Ainsi, tout résiderait dans la taille du nouveau groupe. EADS et BAE sont des mastodontes très solides. L’histoire industrielle nous a appris à nous méfier des arguments simplistes où la dimension d’une entreprise serait sa force (Voir Arcelor puis Arcelor-Mittal). L’histoire nous a aussi appris que les regroupements sont toujours l’occasion de restructurations destructrices d’emplois et porteuses de reculs sociaux.
Pour la CGT, le débat doit porter sur le besoin des peuples. Comme pour toute industrie, il faut se poser la question du pourquoi et du comment. Que fabrique-t-on, pour quels besoins, dans quelles conditions sociales et environnementales ? Dans un tel projet, l’objectif de gagner le marché de défense états-unien ne peut constituer une raison suffisante. L’armement n’est pas une marchandise comme les autres. Ces questions sont d’autant plus cruciales qu’elles touchent, ici, des aspects qui relèvent de la défense, donc de l’autonomie des peuples.
La fusion proposée recouvre avant tout des objectifs économiques et politiques que les protagonistes impliqués dans les décisions cherchent à dissimuler. Ce projet répond-il à la construction de l’Europe de défense ?
Les actionnaires privés (Lagardère, Daimler, fonds d’investissements) sont déjà en train de se partager le gâteau au moment où le pacte d’actionnaires d’EADS est révisé. Chacun fait monter les enchères pour récupérer les richesses générées par le travail des salariés. Les appétits sont féroces. Les dents sont acérées. Mais dès lors qu’il s’agit de récupérer du pouvoir, ils s’entendent comme larrons en foire.
Ils sont tous d’accord pour réduire, voire éliminer la place des Etats dans la gouvernance du futur groupe.
Ce n’est pas notre vision, car précisément une telle industrie doit trouver son sens dans une véritable politique au service des peuples.
Peut-on laisser entre les mains de ces actionnaires, dont l’objectif ultime est d’améliorer encore et toujours leurs propres profits, un secteur stratégique comprenant la fabrication et la vente d’armes ? Peut-on les laisser aux commandes d’une industrie partie prenante des stratégies de défense des Etats ? Doit-on aligner un groupe sur la vision atlantiste et belliqueuse des Etats-Unis d’Amérique ?
La CGT répond non à toutes ces questions.
Les Etats européens doivent jouer un rôle prépondérant dans ce secteur clé. Et au moment où le pacte des actionnaires d’EADS se modifie, la place de la puissance publique doit se renforcer. Ils doivent être les garants d’un développement industriel au service des populations, soucieux du développement des territoires et socialement ambitieux.
Montreuil, le 4 octobre 2012
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